Claire JACHYMIAK et Franck DUJOUX

THE MONOBLOC PROJECT

Elle est partout.
Dans nos jardins, sur nos terrasses, dans les campings, les bars, les parcs, les piscines, les hôpitaux, les stades, les maisons de retraite, sur les cinq continents, et depuis plusieurs décennies. On la voit dans les sitcoms et les telenovelas, on la voit parmi les débris qui flottent après le tsunami ou l’ouragan Katrina, on la voit sur les photos
de la prison d’Abu Ghraib et sur celles de la planque où Saddam Hussein a été capturé.
Elle est tellement partout qu’on ne la voit pas.
Elle joue un rôle majeur dans nos vies, et pourtant, elle ne reçoit que notre indifférence.
Il s’agit de la vulgaire chaise de jardin en plastique blanc, moulée en un seul bloc, avec ses rainures et ses accoudoirs, sur laquelle plus d’un milliard d’entre nous ont déjà posé leurs fesses.
Nous nous sommes donné pour mission de réparer cette injustice en rendant hommage à cette icône ignorée du design. Elle nous a interpellé parce que personne ne sait d’où elle vient : produite d’emblée par des centaines de fabricants partout dans le monde, elle fait partie de ses rares objets qui n’appartiennent à personne et que personne ne revendique.
Elle nous intéresse aussi parce que c’est peut-être le seul objet qui est libre de tout contexte : une chaise en plastique blanc sur une photo ne nous éclaire en rien sur le lieu ou l’époque de la prise de vue.
Enfin, elle nous intéresse parce qu’elle nous met face à nos contradictions de citoyens de pays riche : on la méprise parce qu’elle est synonyme de mobilier cheap et anti-écologique, au point que certaines villes comme Bern ou Bratislava l’ont interdite…
en oubliant que dans les pays en développement, elle a permis à plus d’un milliard de personnes d’accéder au confort de n’être plus assis par terre.
Quel est le secret de son insolent succès ?
Finalement, est-ce que notre chaise en plastic monobloc ne constituerait pas l’accomplissement ultime du design moderniste ?
Et si le besoin d’une chaise bon marché, fonctionnelle, facile à fabriquer, et universellement acceptable devait nécessairement aboutir, à l’issue d’un long process, à notre chaise monobloc ?
Et si elle était l’aboutissement d’une forme de darwinisme du design, un must indépassable, au-delà duquel il est impossible de faire plus avec moins ?

« MONTRE MOI TA MONOBLOC ET JE TE DIRAI QUI TU ES… » 

6 diptyques photographiques pris dans le quartier libre des Lentilleres ( Dijon )

Concept et direction artistique : Claire Jachymiak et Franck Dujoux
Photographie : Claire Jachymiak

Une monobloc ne vit jamais seule, mais que peut-elle nous raconter des hommes qui la possède ?
Dans cette zone, une multitudes de chaises en plastique plus ou moins domestiquées se partagent les espaces à reconquérir ou à défendre.
Seule ou en groupe, elles rythment la vie de la ZAD au grès des rassemblements et des saisons…
Si elles pouvaient parler, elles seraient incontestablement les témoins de notre société !
Voici donc quelques histoires de Monobloc.

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